Comment les réseaux sociaux détruisent la démocratie et brutalisent les citoyens ?
Les réseaux sociaux ont changé le monde : ils ont changé notre perception du quotidien, notre manière de vivre, de se déplacer et de s’informer. Ils ont réduit les distances et nous ont permis grâce à l’efficacité de leurs algorithmes affinitaires de rester connectés et de s’informer de manière instantanée.
Ils nous incitent, quotidiennement, à ingurgiter plus d’un milliard d’heures de vidéos par jour. L’internaute est un consommateur sans qu’il en soit conscient, grâce à la technique du « scrolling » qui propose des contenus en adéquation avec nos envies et nos préférences.
Face à ce constat, certains diront que les réseaux sociaux facilitent la vie des utilisateurs et qu’il ne faut pas avoir peur du progrès. Seulement voila, invention du vélo a facilité la mobilité des personnes sans remettre en question la pratique démocratique.
Ce qui a changé avec les réseaux sociaux c’est que nous sommes passés d’un environnement où les inventions étaient de simples outils à un environnement où ces outils favorisent l’addiction et la manipulation. Mais des experts courageux ont dit « non » à cette manipulation : Tristan Harris, Chamath Palihapitiya ou Tim KENDALL étaient au cœur de Google, Facebook, Pinterest .Considérés comme des génies qui ont changé la face du monde, grâce à leurs inventions, Ils ont occupé des postes sensibles, extrêmement bien rémunérés. Malgré tout, ils se sont retirés de ces géants du numérique : les (GAFAM) en refusant l’omerta créée par leurs applications.
Tristan Harris ancien spécialiste du design chez Google faisait partie de l’équipe qui a développé

Gmail, le plus grand service de messagerie mail au monde. Selon lui, l’industrie des réseaux sociaux a fait fausse route. Ce constat lui est venu du fait qu’aucun membre de son équipe n’ait jugé utile d’intégrer, dans la stratégie de développement de Gmail, des outils pour rendre celle-ci moins addictive. Ses nombreuses alertes à ses supérieurs étant sans effet, Il décida alors de quitter son poste, refusant, ainsi, le fait que quelques designers de la Silicon valley, à partir de leurs écrans, plongent deux milliards de personnes à travers le monde dans l’addiction.
Une méthode qui fait partie d’une panoplie de technologies persuasives poussées à l’extrême, ayant pour objectif de changer le comportement d’une personne : par exemple, le défilement des contenus à l’infini sur son écran, car, dans chaque page, les résultats changent : en psychologie sociale cela s’appelle le renforcement positif intermittent. Il s’agit d’une technique de croissance, développée par Chamath Palihapitiya et utilisées par Facebook, UBER et Google.
Quel impact ont ces techniques auprès des enfants ?
Edward Tufte, professeur de design de l’informatique à l’Université de Yael nous rappelle que deux industries seulement qualifient leurs clients de consommateurs : l’industrie de la drogue et celle du logiciel.

Selon Chamath Palihapitiya, les réseaux sociaux prennent de plus en plus de place dans la vie des enfants et modifient leur estime de soi.
La génération Z (les personnes nées après 1996) est la première à accéder aux réseaux sociaux dès le collège et cette génération, selon plusieurs études menées aux Etats Unis, est plus anxieuse et instable.
Youtube Kids a fait sauter toutes les digues qui protégeaient les enfants d’une exposition massive à la publicité télévisuelle Tout cela est dû à une évolution technologique inégalée :de 1960 à 2022 les processeurs ont évolué de 100 Milliards pour cent, alors que nos cerveaux n’ont pas eu le même rythme d’évolution.
Les réseaux sociaux sont-ils en train de devenir une machine de désinformation ?
Les réseaux sociaux ne sont plus utilisés par le public, exclusivement, pour se divertir mais également pour s’informer, l’information étant de plus en plus accessible grâce au cross média.
Ce constat a des explications idéologiques et éthiques : plusieurs enquêtes d’opinions montrent que de nombreux citoyens déclarent ne s’informer que via les réseaux sociaux pour avoir la vérité car ils considèrent que les médias traditionnels mentent et sont souvent au service de lobbies financiers.
Cette théorie du complot n’est pas nouvelle mais sa propagation est plus qu’inquiétante car pour la première fois dans l’Histoire de l’humanité la valeur de la data a dépassé les valeurs des énergies fossiles. Cela veut dire que celui qui détient l’information (sa production et sa diffusion) détient un pouvoir quasi absolu.
Selon une Etude publié par le Massachussetts Institut Of Technologies (MIT) les fausses informations se propagent 6 fois plus vite que les informations réelles.
Le cas le plus édifiant concerne le coronavirus : les fausses informations consistaient à dire que la maladie n’existait pas, qu’elle était propagée par les grandes puissances pour tester les réactions de certaines populations.
Le danger, avec les réseaux sociaux, est que l’on ne sait plus ce qui est vrai et ce qui est faux, quel que soit le sujet, au même moment, est important de rappeler qu’il n’existe aucune intelligence capable de distinguer entre les faits réels et la propagande.
Si la règlementation ne change pas, nous nous nous aventurons vers un monde dans lequel chacun deviendrait suspect
Les algorithmes sont des opinions sous forme de codes
Qui voudrait d’un monde où chaque utilisateur est manipulé par une poignée de designers de la Silicon Valley qui décident des normes de beauté à travers des filtres Snapchat, des marques que nous achetons à travers des publicités de plus en plus ciblées, du nombre d’heures que nous passons sur internet ?
Les réseaux sociaux ne sont pas des objets qui attendent d’être utilisés : ils ont leurs propres objectifs et, pour les atteindre, ils utilisent des techniques de persuasion psychologiques. Vincent Joul, père de la communication persuasive, explique dans son livre « petit traité de manipulation à usage des honnêtes gens » comment donner à une personne l’illusion du choix à travers un certain nombre de procédés purement marketing qui lui font croire que la décision finale lui revient alors que cette décision est tracée d’avance par le vendeur.
Les e- mail et les notifications qui vous informent que vous avez été tagué sur une photo ont constitué une véritable machine à cash pour Facebook, une technique utilisée pour augmenter l’activité des interactions au sein de son réseau. Dans une récente interview, l’ancien fondateur de Pintrest et ancien directeur de la monétisation de Facebook Tim KENDALL confiait que le capitalisme de surveillance est devenu le business modèle de ces entreprises.
Le nombre d’informations recueilli sur chacun de nous permet à des logiciels de faire des prédictions de plus en plus précises : tous les clics, les vidéos, le temps d’exposition sont enregistrés et étudiés.
Imaginez qu’à chaque fois que vous utilisez votre Smartphone une personne surveille ce que vous dites, ce que vous écrivez et qu’elle vous propose par la suite des contenus susceptibles de vous intéresser selon vos besoins. C’est presque identique avec les réseaux sociaux exception faite qu’à la place des machines, une intelligence artificielle s’en charge en essayant d’atteindre trois buts :
- Connexion : Rester connecté le plus longtemps possible.
- Croissance : revenir et convaincre votre entourage.
- Publicité : générer le plus d’argent pendant que vous utilisez un de ces services.
Ce qu’il faut comprendre, aujourd’hui, c’est que nous avons créé un monde où être connecté sur les réseaux sociaux prévaut sur les autres moyens de communication. Et c’est tout le problème, car les réseaux sociaux ne sont plus cet espace de liberté où chacun peut s’exprimer librement : ils sont devenus un espace de création d’opinion publique, de cristallisation des opinions les plus extrêmes, des idées obscurantistes et des théories du complot. Ainsi, au moment où vous lisez cet article les réseaux sociaux se disputent pour garder notre attention. Ce combat ne fait que commencer du fait que les technologies vont être plus intégrées à nos vies et les intelligences artificielles vont devenir plus efficaces à prédire ce qui colle à nos écrans.
Peut-on changer la situation tout en gardant les avantages des réseaux sociaux ?
Un autre monde meilleur est certainement possible, à condition que deux acteurs clés jouent leur rôle.
D’abord les gérants de Google, Amazone, Facebook, Appel, Microsoft (GAFAM) doivent exercer leur responsabilité en imposant de nouvelles règles visant à éliminer automatiquement les images violentes, les groupuscules extrémistes, les profils dangereux, les fake news qui gangrènent la plupart des réseaux sociaux. Il s’agit là d’une question de volonté, car quand on veut bannir un contenu ou une personne des réseaux on peut le faire d’un seul clic.
Il est important de surveiller la nouvelle politique adoptée par le nouveau propriétaire de Tweeter, Elon Musk : son attitude est jugée, à la fois, dangereuse et hasardeuse par les spécialistes comme par les investisseurs. En effet, au moment où les réseaux ont plus que jamais besoin de modérateur pour réguler et supprimer les contenus indésirable, Elon Mus a procédé à une série de licenciements.
On peut aussi intervenir par la contrainte et la force de la loi : les élus, dans le monde, sont appelés à jouer un rôle déterminant dans la réglementation de ces conglomérats par le biais de règles claires et contraignantes, empêchant les réseaux sociaux d’exercer dans les pays ou leurs infractions sont répétée.
