Dans un monde polarisé où le leadership mondial est disputé entre des Etats Unis en déclin, une Europe divisée, une Chine qui se prépare à diriger le monde à partir de 2049 (100ème anniversaire de la révolution chinoise) L’Algérie cherche à se positionner comme une puissance régionale et continentale en renforçant ses liens avec des pays amis et des puissances émergentes.
Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune a fait savoir que notre pays ambitionne de rejoindre les BRICS en 2023. Il avait toutefois souligné un principe fondateur de la diplomatie algérienne : l’Algérie n’insulte pas l’avenir et respecte ses liens d’amitié avec ses partenaires historiques dont la Chine et la Russie
Qui sont les pays qui composent les BRICS et pourquoi l’Algérie souhaite y adhérer ?
L’acronyme BRICS désigne une alliance stratégique de quatre pays aux économies en pleine expansion : le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, auxquels s’est intégrée l’Afrique du Sud en 2011. Ils représentent 40% de la population mondiale et 31% du PIB mondial.
En 2014 ils se dotent d’une banque de développement, basée à Shanghai, qui vient concrétiser leurs financements de projets économiques Selon plusieurs projections, la participation des BRICS à la croissance économique mondiale, sera de 40% en 2025 Au centre de leurs préoccupations on trouve des sujets d’actualité qui déterminent l’avenir économique de chaque pays membre : la lutte contre le protectionnisme, la réforme de la gouvernance du Fond Monétaire International et du Système Monétaire International.
Ils réclament, également, moins de contraintes environnementales internationales jugées pénalisantes pour leurs économies. D’une manière générale, les BRICS appellent également à une reconnaissance de la multipolarité des équilibres économiques et politiques mondiaux, en rupture avec les organisations héritées de l’après seconde guerre mondiale.
En effet, dans un monde qui se métamorphose, sont apparues, depuis la guerre du Golfe, les limites des organisations internationales, à commencer par l’ONU qui a échoué à empêcher l’invasion de l’Irak.
Le Conseil de Sécurité, dont l’objectif est d’établir la paix, est devenu un conseil au service des puissants : les vainqueurs de la 2e guerre mondiale souhaitent continuer à diriger le monde ; autant de contradictions qui poussent les puissances régionales à constituer des conglomérats économiques et politiques au service de leurs peuples et de leurs intérêts vitaux. Rappelons que d’un point de vue géostratégique la puissance d’un pays se mesure par sa bonne santé économique, par sa vision stratégique et par son influence géostratégique. L’Algérie fait partie des puissances régionales qui demandent d’accorder à l’Afrique un siège de membre permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU.
Le Président de la République Abdelmadjid Tebboune souhaite faire adhérer la Palestine comme Etat membre à part entière au nations unis. La demande algérienne de rejoindre les BRICS intervient dans un contexte caractérisé par des tension et des crises dus au choc énergétique qui redessine les sphères d’influences. L’Algérie, grâce à ses richesses naturelles et sa bonne santé économique devient naturellement un candidat crédible pour intégrer les BRICS.
En effet, par son statut de puissance géopolitique, située en pivot entre l’Asie et l’Amérique du Sud, l’Algérie pourrait renforcer son positionnement sur l’échiquier mondial et amorcer sa mue grâce au Brain drain en s’appuyant notamment sur sa diaspora. Sur le plan de l’innovation, le pays bénéficie de ce qu’on appelle l’avantage des retardataires en s’inspirant de l’expérience des deux géants technologiques (l’Inde et la Chine) qui ont réalisé un pas de géant en matière d’intégration et d’exportation des nouvelles technologies.
Pour ce faire il doit intensifier sa politique de développement de l’économie de la connaissance, des technologies numériques. A cette fin, le terrain est bien préparé depuis la création d’un Ministère de l’Economie de la Connaissance et des Startups. Un des atouts qui joue également en sa faveur est l’absence d’endettement extérieur, ce qui renforce sa souveraineté et consolide sa position de puissance économique émergente en Méditerranée.
Outre l’intérêt économique, l’Algérie pourrait également obtenir un succès diplomatique de taille par l’annonce de cette adhésion qui ferait l’effet d’une véritable campagne de marketing territorial pour le pays, ce qui pourrait quadrupler les IDE (Investissements Directs Etrangers)
Pourquoi les BRICS font rêver les pays émergents et font peur aux grandes puissances ?
L’enjeu majeur des BRICS est de créer une monnaie de référence qui viendrait menacer l’hégémonie du dollar américain. Après la seconde guerre mondiale, le système de Betton Woods définit les contours d’une nouvelle architecture financière mondiale fondée sur des accords signés par 44 pays en 1944. Cet accord organise le système monétaire mondial autour du dollar américain ; à cette date, une once d’or correspondait à 35 dollars (de nos jours elle correspond à plus de 1900 dollars). C’est un vrai changement de paradigme avec l’apparition de l’argent dette, situation qui plonge l’économie mondiale dans ce qu’on appelle le paradoxe de Triffin.
Par ailleurs, pour ne pas perdre leur hégémonie, les Etats Unis avec le Président Nixon suspendent, en 1971, la convertibilité du dollar en or. Depuis, le monde vit au rythme des variations de la valeur du dollar. Le plus dangereux est que les Etats Unis exportent leur inflation au reste du monde.
Autre contrainte : l’utilisation du billet vert inflige à toute personne morale ou physique qui l’utilise pour ses transactions le principe d’extraterritorialité, c’est à dire l’export du droit juridique sur le dollar américain pour les pays qui l’utilisent. Les BRICS veulent mettre fin à cette logique hégémonique et créer ainsi une nouvelle monnaie de référence adossée à l’or. Pour ce faire, les pays membres ont augmenté considérablement leurs réserves en or :la Chine 300%, La Russie 350%, le Brésil 270%, l’Inde de 128%.
A titre comparatif les réserves des pays du G7 ont diminué ces dernières années.
Quelles sont les conditions d’adhésion aux BRICS ?
Elles seront fixées en juin 2023 au cours du sommet du groupe en Afrique du Sud. En attendant, la Chine et la Russie ont salué la démarche de l’Algérie de rejoindre les BRICS.
